L’addiction au jeu, à prendre au sérieux

Il n’y a pas de mal à s’offrir une virée au casino, un ticket de grattage ou une grille d’Euro Millions. Cela fait partie des pratiques sociales dites récréatives. En revanche, si le jeu devient une obsession, un obstacle dans les rapports sociaux et engendre un trouble du comportement, on sort de la normalité pour toucher à l’addiction comportementale.

Des cartes à jouer en vrac.
https://www.flickr.com/photos/schnappischnap/

Il ne peut plus s’empêcher de jouer, mise au-delà du raisonnable et ne supporte pas de perdre ? Il est obsédé par le besoin de « se refaire », s’exprime moins et finit par dissimuler ses sorties dédiées aux jeux de hasard et d’argent ? L’individu que vous côtoyez a certainement développé un rapport maladif à cette activité. Moins connues du grand public que les « classiques » addictions aux substances de type drogues, tabac ou alcool, les addictions comportementales sont devenues un problème de santé publique avéré.

Selon une étude à laquelle a collaboré l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies, quatre cent mille personnes dans l’ensemble de la population française présentent un risque modéré à l’addiction, et deux cent mille sont des joueurs excessifs. Ces deux groupes représentent ce que l’on appelle les joueurs problématiques.

Les personnes concernées ne parviennent pas, par leur seule volonté, à rompre le cercle vicieux dans lequel elles sont prises. Elles s’exposent alors à de graves troubles qui peuvent aller jusqu’à l’isolement total, l’endettement, la dépression et les tentatives de suicide. Ce n’est donc pas à prendre à la légère par l’entourage, qui en souffre également.

Que se passe-t-il dans le cerveau ?

Cette dépendance se manifeste sans que l’on ne consomme aucune substance. Pourtant, le circuit de la récompense est sollicité de la même manière. Pour entrer en fonction, ledit circuit a besoin d’un messager chimique : la dopamine. Cette dernière est le neuromédiateur du plaisir et de la récompense. Le cerveau en libère à chaque fois qu’une expérience lui semble bénéfique.

Ce fonctionnement est normalement très utile à l’organisme pour apprendre à reconnaître ce qui est bon ou mauvais, tel que bien manger ou avoir froid. Toutefois, il peut se dérégler et demander de plus en plus de dopamine, engendrant un comportement irrationnel et incitant le joueur à reproduire la conduite qui lui a offert une si grande satisfaction à un moment donné. Il tombe alors dans l’engrenage du comportement compulsif de la perte de contrôle.

Comment agir ?

Un suivi thérapeutique adapté, avec un psychologue ou un psychiatre spécialisé en addictologie, est le plus indiqué. Plusieurs organismes capables de fournir une aide précieuse existent et sont recensés par l’Institut fédératif des addictions comportementales, dont dépend le Centre de référence sur le jeu excessif (CRJE). Ce dernier a été mis en place par le CHU de Nantes en 2008, dans le cadre d’une politique de jeux responsable. Deux opérateurs connus sont d’ailleurs impliqués : la Française des jeux et le PMU.

Dans les centres spécialisés, on propose un bilan de la pratique et de ses conséquences, des entretiens thérapeutiques individuels pour le joueur et son entourage, mais aussi une participation à des groupes de parole pour échanger avec des personnes subissant le même genre de troubles. Une rencontre avec une assistante sociale fait souvent partie du dispositif, afin d’apprendre à gérer ses biens, à constituer un dossier de surendettement ou encore à mettre en place une interdiction de casino et de jeux sur Internet.

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