Superstition : quand faut-il s’inquiéter ?

La superstition nous touche tous à un moment donné. Si le feu passe au vert quand j’arrive… Si j’évite de marcher sur les joints des dalles… Si je joue à l’Euro Millions ce vendredi 13… En revanche, elle nous atteint plus ou moins. Pour certains, ces pensées ne font que passer, pour d’autres, elles deviennent de véritables rituels difficiles à déconstruire, obsédants et handicapants. Pour expliquer cela, on peut commencer par se pencher sur l’étymologie du mot superstition qui correspond à « se tenir au-dessus, dominer, surmonter et finalement survivre », explique le psychanalyste Gérard Louvain sur psychologies.com.

Un chat noir, objet de crainte chez les superstitieux.
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Le hasard sème le trouble

Souvent évoqué sur les blogs de SuperChance100, la méthode optimisée pour tenter de gagner à l’Euro Millions, dans les articles adressés aux amateurs de grilles d’Euro Millions, le hasard est l’une des causes de la superstition. L’être humain, doué de conscience et d’intelligence, cherche à comprendre et à prévoir. Or, l’existence est ponctuée de faits sans lien les uns avec les autres, et sans explication. Et ça, c’est difficile à avaler pour le cerveau. On pense : « comment expliquer qu’il m’arrive une telle tuile aujourd’hui ? C’est sûrement parce que c’est vendredi 13. Ou parce que je me suis levé du pied gauche. Ou parce que j’ai posé le pain à l’envers sur la table ».

L’absence de sens génère un trouble si puissant qu’elle entraîne également l’incertitude et l’angoisse. On cherche à détrôner le hasard de sa toute-puissance. S’ajoutent à cela les contextes familiaux et professionnels, souvent sources de conflits dont on ne connaît pas l’issue : on n’a aucune prise dessus. Et cela ne va pas en s’arrangeant car « plus nous sommes anxieux, plus nous avons besoin d’eux : les rituels comme les prières ont un pouvoir apaisant », explique Christophe André, psychiatre comportementaliste.

C’est trop quand…

Il est courant et quasi anodin d’avoir des superstitions. Toutefois, si elles deviennent nombreuses et entravent la liberté de penser et d’agir, les psychologues considèrent que l’individu tend vers la névrose. Et ce, qu’importe le genre de rituels qu’il met en place. Aux yeux des spécialistes, toutes les superstitions sont vides de sens. Alors que l’on ait peur de passer sous une échelle, peur de penser au mot « mort » ou que l’on ait besoin de reproduire une action un certain nombre de fois pour se sentir protégé, cela revient au même. Quand les rituels altèrent le comportement, c’est que l’on a développé un trouble psychique.

Agir contre les rituels

Un psychothérapeute ou un psychiatre comportementaliste spécialisé dans les troubles anxieux peut être d’une grande aide à l’individu emprisonné dans ses peurs et ses manies. Seul, il peut aussi essayer de se défaire de quelques habitudes dans le cadre d’une démarche personnelle d’expérimentation. Il réintègre un peu de rationalité dans son quotidien en arrêtant sa manie et observe ce qui se passe. Cela peut permettre de rompre le mécanisme car il constatera certainement que rien de grave n’arrive s’il laisse tomber un rituel.

Quant à l’entourage de la personne tourmentée, il lui faut respecter les habitudes porte-bonheur de la personne touchée. S’y opposer ou s’en moquer n’empêchera pas les actes. Cela pourra seulement amplifier encore le mal-être chez l’individu et l’obliger à se cacher pour accomplir ses superstitions. En revanche, on peut l’aider à constater que ses croyances n’ont pas d’impact sur la réalité. Par exemple, si vous passez sous une échelle en sa présence ou renversez du sel sur la table et que rien ne se passe, que vous restez serein, il sera dans l’obligation de constater qu’il n’a pas raison. Mais le résultat ne sera pas si évident chez l’autre. Il faut s’attendre à un travail de longue haleine qui nécessite une bonne dose de patience.

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